Ramón Vázquez chemine. Nous ne savons presque rien de lui. Il vient de La Pampa, se dirige vers Córdoba et, comme dans Pedro Páramo de Juan Rulfo, cherche à retrouver un père qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Mais ce n’est ni le début ni la fin du voyage qui intéresse le plus le film de Gustavo Fontán. L’essentiel se joue entre les deux, dans les marges, aux bifurcations, là où le trajet s’interrompt ou marque une halte et où s’ouvre la perspective d’une autre destinée.
Les étapes du parcours de Ramón sont des restaurants modestes, des routes secondaires, des gares routières comme celle où se déroulait son précédent long métrage (La terminal, FID 34). Dans ces lieux de passage, il rencontre des personnages caractérisés par une même vulnérabilité : tous sont blessés, brisés, tous portent en eux des histoires qui n’ont jamais trouvé à s’exprimer. Pourtant, sans que l’on comprenne tout à fait pourquoi, tous finissent par parler devant lui.
Il y a quelque chose d’exceptionnel dans cette circulation des récits. Fontán a conçu un personnage dont la combinaison de détermination et de douceur ouvre à une autre manière d’entrer en relation avec les autres. Ramón ne transforme pas la vie de ceux qu’il rencontre ni ne modifie le cours des événements. Il accomplit quelque chose de plus humble et, peut-être, de scandaleusement rare aujourd’hui : il crée les conditions d’émergence d’un lien désintéressé. C’est ainsi que se constitue peu à peu, de manière inattendue, une communauté provisoire d’êtres éprouvés par la vie.
Tourné avec cette attention à la lumière qui caractérise le cinéma de Fontán, le film lui-même s’interrompt parfois lorsque le personnage perd connaissance, pour s’ouvrir à des images qui renvoient moins à l’expérience du monde qu’à celle d’une vision intérieure. Après tout, la véritable destination de Ramón Vázquez n’est peut-être pas un lieu. Ce serait plutôt dans la série d’évanouissements lumineux qui jalonnent son chemin qu’il faudrait le chercher.
Manuel Asín
