Les chiennes, The bitches

Sophie Roger

France, 2026, Couleur, 42’

Première Mondiale

Après L’amour sur le chemin des roncettes, Sophie Roger revient au FIDMarseille avec un film intime qui dévoile sa propre fabrication, tissée de collaborations et de complicités. Un chagrin d’amour déclenche un processus de création nourri de présences amicales, de littérature et de paysages. En mettant son corps et sa maison face à la caméra, la cinéaste invite dans son intimité blessée des gestes, des textes et des présences humaines ou non qui l’aident à laisser la douleur derrière elle et à inventer une nouvelle configuration de la vie. Le travail de montage fonctionne comme une opération alchimique : les différents éléments réunis à l’écran participent à un geste collectif, presque magique, de transformation, un sabbat entre ami.e.s où la vie et la création sont liées à jamais.

Margot Mecca

Entretien

Sophie Roger

Le film naît d’un chagrin d’amour, mais il se nourrit également des présences bienveillantes qui vous entourent et qui partagent votre processus de travail. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez imaginé et tissé ensemble les différents éléments qui composent ce projet ?

Ce chagrin d’amour est le vecteur d’un mouvement à poursuivre, non pas seule mais accompagnée. Une suite naturelle à mon dernier film l’amour sur le chemin des roncettes qui lui, était peuplé de fantômes.  Avec Les chiennes, les êtres sont bien vivants à mes côtés, ami-e-es (humains et non humains) et le film s’est construit de leurs présences, de leurs propositions et interprétations différentes. Grâce à ces regards complices, le « chagrin d’amour » participe de sa propre métamorphose.

Le fait d’inviter des amitiés à participer à votre création et convoquer la parole littéraire des autres (comme Emily Dickinson) confère à votre film une qualité très vivante, tout en déclenchant une réflexion sur le processus de réalisation lui-même. J’aimerais que vous nous racontiez cette dimension méta-cinématographique et dialogique du film.

Il y a une part d’humour dans la dimension « méta-ciné ». Les hésitations, les ratures, les répétitions, ça construit un film ! J’avais envoyé une lettre à mes amis en leur demandant de « m’aider à organiser mon ignorance ». Tous ne sont pas présents dans le montage final, mais leurs interventions ont structuré également le film. Il y a : l’étalonneuse, la narratrice, le chanteur-lecteur, la couturière-manifestante, la traductrice et puis… les chiennes. Les séquences se succèdent et s’entrelacent et il appartient au spectateur d’imaginer des dialogues possibles entre les personnages. Ils prennent la parole un à un, mais leurs identités croisées racontent le trouble de « l’amoureuse » : qui est qui ?

Emily Dickinson : « Plus d’une vague à la mer — Elles — une seule Baltique — Soustrais-Toi, par jeu, Et de moi il ne reste plus Assez — à ôter — « moi » voulait dire Toi — »

Le corps occupe également une place très importante : accompagné de chiennes, d’amitiés ou seul, votre corps est souvent face à la caméra, en relation constante avec l’acte de filmer, de voir et d’être vue. Pouvez-vous partager les idées qui vous ont guidé dans ce choix ?

Je m’inscris dans un territoire, celui où je vis. Comme dans tous mes films, j’y pose ma caméra et traverse le champ familier. C’est mon corps de cinéma, parfois burlesque, parfois pas. Il donne l’échelle. Ici, c’est un corps en forme de cadavre exquis : je suis avec une amie regardant par la fenêtre un renard mort sur le ventre filmé en 1989 avec Pierre Creton soufflant dans des clarinettes jouant comme une chienne marchant dormant nageant etc.

Le paysage joue aussi un rôle important dans la respiration du film, en mouvement entre la campagne et la mer. Pouvez-vous nous parler de ces territoires et de leur importance dans la fabrication du film ?

Le parcours se déroule de chez moi jusqu’à la mer, en passant par des chemins qui surplombent les falaises de la côte d’albâtre. C’est un petit trajet de 2 kilomètres tout au plus que j’emprunte quotidiennement.  Les chiennes le connaissent bien. Oui, ce paysage est toujours en mouvement et les saisons s’entrecroisent. Le film s’est construit de la même manière, en arpentant ça et là.  Le vent y contribue sans doute.

Propos recueillis Margot Mecca

Fiche technique

  • Sous-titres :
    Sans sous-titres
  • Scénario :
    Sophie Roger
  • Image :
    Sophie Roger
  • Montage :
    Sophie Roger
  • Musique :
    Sophie Roger
  • Son :
    Sophie Roger
  • Production :
    Sophie Roger
  • Contact :
    Sophie Roger

Filmographie

Sophie Roger

les jardiniers du petit Paris, 2010

Contre-jour, service des maladies tropicales et infectieuses, 2011

Le point aveugle, 2012

l'île déserte, 2014

C'est donc un amoureux qui parle et qui dit:, 2015

Shyam Lal, un potier à Molela-Rajasthan, 2015

Dans l'atelier de Loreto Corvalan, 2016

Dialogue de l'arbre-carte postale à Pierre Creton, 2016

Les vagues, 2017

Un son sur cette dernière image, 2021

L'amour sur le chemin des roncettes, 2025