De film en film, Claire Doyon poursuit une entreprise unique de documentation de la vie avec sa fille Pénélope, porteuse d’autisme. Pénélope, son mutisme et ses gestes, sa manière de se mouvoir, de communiquer avec sa mère, figurent bien à intervalles réguliers dans le film, mais Le Chantier inscrit cette attention dans le champ plus vaste de la construction d’un lieu de vie où Pénélope et d’autres jeunes adultes porteurs d’autisme, pourront vivre. S’entrelacent la conceptualisation du lieu rêvé, à partir des besoins spécifiques des futurs habitants, le suivi des travaux, avec son lot de renoncements et de retards, les histoires des ouvriers qui y travaillent (un ukrainien évoque les bombardements dans son pays). En creux se dessine la manière dont différents corps au travail permettront à d’autres de trouver où fonder une communauté, dont des manières divergentes d’habiter le monde peuvent se donner un lieu en partage.
Nathan Letoré
