Hospital Británico, Hospital Británico

Gustavo Fontán, Gloria Preirano

Argentine, 2026, Couleur, 68’

Première Mondiale

Hospital Britanico est le dernier recueil du poète argentin Héctor Viel Temperley, écrit à l’hôpital peu de temps avant sa mort. Des extraits sont lus mais jamais, sinon par bribes, le film ne sera informatif sur l’oeuvre ou son auteur. Des promeneurs, vus se baladant mais jamais parlant, parfois même invisibles, évoquent le texte en voix off. Ils détaillent le contexte de sa découverte, l’expérience souvent mystique de sa lecture, les résonances qu’il a acquises dans leur vie. L’image, à la lumière diaphane et affectée d’un léger flou, transforme tout paysage en révélation. La dernière séquence se fait narrative, écho à la trajectoire du poème. Plus qu’un film sur un texte, un film autour de la lecture, des pouvoirs de la poésie à accompagner les mouvements de la vie et de la mort. 

Nathan Letoré

Entretien

Gustavo Fontán, Gloria Preirano

Quand avez-vous rencontré l’œuvre de Viel Temperley pour la première fois ?

Nous avons tous les deux étudié les lettres à l’Université de Buenos Aires dans les années 1980. Même si Viel Temperley n’était pas un auteur figurant au programme, son nom circulait de manière presque clandestine. Il fallait lire Viel. La lecture de ses poèmes produit quelque chose de très particulier : on n’en sort pas indemne. Elle exerce un effet immense et mystérieux sur la sensibilité. C’est sans doute la manière la plus profonde dont la poésie puisse blesser. Ceux d’entre nous qui ont été atteints par cet impact restent liés à Viel pour toujours et répètent certains vers comme un signe de fraternité : « Je viens de communier et je suis en extase » ou « Je vais vers ce que j’ai le moins connu dans ma vie, je vais vers mon corps ».

Et les lecteurs qui apparaissent dans le film ? Comment est née l’idée de faire un film à partir de ce livre si singulier ?

Après avoir vécu avec ce livre pendant de nombreuses années, nous avons ressenti le besoin d’en faire un film. L’idée était de combiner le poème, sa lecture, avec un groupe de personnes capables de témoigner de ce que nous-mêmes avions éprouvé. Plus qu’une explication du livre, nous voulions qu’ils nous racontent l’effet viscéral, inouï et déconcertant qu’avait eu sa lecture sur eux. Nous les appelions « les touchés ». Dans le film, ils deviennent « les pèlerins ».

Le livre de Viel Temperley est rempli d’images, auxquelles le film devait en ajouter d’autres.

Hospital Británico, le livre de Viel Temperley, est effectivement traversé d’images d’une grande puissance. Elles nous atteignent parfois sans que nous sachions exactement ce qu’elles disent. Le travail d’images sténopéiques mené par Lara Seijas nous a fourni l’une des clés permettant de nous éloigner du naturalisme et de la dureté de l’image numérique afin de nous rapprocher de la dimension symbolique, mais aussi sensuelle, de la poésie de Viel.

Nous avons choisi certains motifs, comme le sable ou les chevaux, et construit des séries d’images autour d’eux dans cette intention : favoriser une manière de percevoir plus vulnérable, moins attentive à la transparence des choses.

L’un des moments les plus marquants me semble être les transitions entre la lecture des poèmes et les commentaires qu’en proposent les lecteurs eux-mêmes.

Il n’existe qu’un seul entretien accordé par Héctor Viel Temperley, réalisé par Sergio Bizzio. À propos de Hospital Británico, Viel y déclare :

« Le livre d’un trépané. Celui qui a écrit ce poème n’existe plus. Moi, à cette époque-là (je ne savais pas encore qu’on allait me faire subir des rayons), je suis parti avec le crâne ouvert : j’allais écrire. J’ai trouvé la solution des éclats, je les ai ordonnés, j’ai écrit ce qui parle de la mort de maman… et le reste dans l’état d’un homme qui était sorti de la réalité parce qu’il avait un œuf dans la tête. Hospital Británico me permet de croire que je suis sorti du monde et je ne sais pas pourquoi. »

Nous avons trouvé dans cette idée d’« éclats » l’une des clés de la structure du film : il y aurait un voyage et, au cours de ce voyage, apparaîtraient des fragments du poème, entrelacés avec les témoignages, dans une continuité avant tout émotionnelle.

Pour relier ces différents éléments, nous avons filmé les témoins en chemin et dissocié leurs paroles de leurs corps. Et, bien sûr, il y a eu un important travail de montage avec Mario Bocchicchio afin que les glissements entre les différentes pièces soient à la fois naturels et inattendus.

Propos recueillis par Manuel Asín

Fiche technique

  • Scénario  :
    Gloria Peirano, Gustavo Fontan
  • Image  :
    Lara Seijas
  • Montage  :
    Mario Bocchcchio
  • Son  :
    Andres Peruguini
  • Production :
    Papu Curotto (Hain Cine), Andi Nachon (Hain cine)
  • Contact :
    Papu Curotto (Hain Cine)