El anorak rojo, The red anorak

Adolpho Arrietta

Espagne, France, 2026, Couleur, 78’

Première Mondiale

Dans El anorak rojo, le vide miraculeux de la place Furstenberg pendant Mai 68, le bar d’une discothèque madrilène dans les années 1990 et le hall désert d’un petit cinéma aujourd’hui se fondent dans une même géographie imaginaire. Entre Paris et Madrid, les deux villes dans lesquelles Arrietta a élaboré, au fil de six décennies, une filmographie discrète mais essentielle, se tisse un réseau de relations dont la logique ressemble moins à celle du souvenir qu’à celle d’une secrète correspondance. Seuls dans le hall d’un cinéma, X et Z conversent. Lui se souvient. Elle interroge. Le personnage de X, tel un double du cinéaste issu de ses propres films, se confond avec les expériences, les figures et les lieux qui peuplent l’œuvre d’Arrietta depuis les années 1960. Mais ce qui en résulte n’est ni un jeu de miroirs ni une récapitulation nostalgique : c’est un récit inédit, doux comme le lendemain d’une ivresse qui, comme le rêve dans les contes de fées, aurait duré des décennies. L’apparition fugitive d’un dos dans une discothèque, un anorak rouge, une pilule de la même couleur offerte par un bel inconnu précipitent une suite de rencontres et de rendez-vous manqués qui semblent n’obéir qu’à une seule loi : celle de la nécessité.
Serge Daney disait des personnages d’Arrietta que ce qu’ils cherchent, au fond, est de « prolonger un rêve », et Marguerite Duras parlait de « pléonasme magique » pour décrire l’intense aimantation que le récit exerce sur les images de Pointilly (1972), ascendant direct de El anorak rojo. Seul Arrietta, habitué à travailler longuement dans la solitude, comme un peintre ou un écrivain, ajoutant et retirant des couches successives, pouvait entreprendre le tableau de cette vision presque mystique, insaisissable, muette, composée de touches brèves comme des apparitions intermittentes, baignée dans la lumière phosphorescente d’une longue hallucination érotique.

Manuel Asín

Entretien

Adolpho Arrietta

El anorak rojo est un projet que vous annonciez depuis longtemps dans vos entretiens.

Dans les années 1990, à l’aube, dans la discothèque Pacha de Madrid, un personnage vêtu d’un anorak rouge m’a offert une gélule rouge que j’ai avalée sans lui demander ce que c’était. J’ai imaginé qu’il devait s’agir de quelque chose de psychédélique, car ce personnage venait de Californie. La gélule devait être un filtre extrêmement puissant, puisque son effet a duré trois ans. J’ai essayé de retrouver ce personnage, qui a disparu cette même nuit et s’est transformé en un mystère, tel qu’il apparaît dans le film. Ma recherche s’est peu à peu transformée en scénario, assez confus au départ, puis progressivement plus clair. Diana Santamaría m’a aidé, à travers des versions successives, à éclaircir l’histoire, et avec Bárbara Mingo, j’ai finalement achevé le scénario de El anorak rojo.

Votre précédent long métrage, Belle dormant, bénéficiait d’une production importante, mais ici vous revenez à une équipe réduite.

Après Belle dormant, il ne me semblait plus possible de trouver un financement par le biais des circuits officiels, ni en France ni en Espagne. J’ai donc décidé de réaliser mon nouveau film par mes propres moyens, comme je l’avais fait pour Vacanza permanente (2006) et pour mes films précédents. Comme cette manière de tourner avait fini par me ruiner, quelqu’un m’a conseillé de lancer un financement participatif, ce que j’ai fait. Le premier, d’un montant de 8 000 euros, a échoué. Le second, de 5 000 euros, a fonctionné. Et c’est ainsi que le film a pu se faire, grâce à la générosité de tous ceux qui y ont participé.

Comme dans Pointilly (1972), le film repose largement sur la parole, sur le récit oral. Mais dans sa seconde partie, la relation entre la parole et les images change brutalement.

L’image et la parole peuvent aller ensemble ou se séparer, comme dans Dry Martini (2010). Dans El anorak rojo, elles se séparent dans la seconde partie. Le personnage de Z raconte l’histoire sur fond noir, tandis que certaines images viennent l’illustrer. C’est une idée de « conte illustré ».

La magie et le hasard sont des éléments importants dans votre filmographie, et tout particulièrement dans ce film.

Le hasard et la magie ne peuvent pas être recherchés. Ils constituent l’élément essentiel d’un film. Le cinéma est intrinsèquement magique, ou bien il n’est pas.

Vous montez toujours vous-même vos films, souvent seul. Comment s’est déroulé le montage dans ce cas précis ?

C’est au montage que j’ai le sentiment que le film se fait réellement, davantage encore qu’au tournage. Le montage est l’écriture, et cette écriture se pratique dans la solitude, dans une liberté totale, sans la moindre intervention extérieure. C’est ainsi que je monte mes films. Un assistant est cependant très important pour résoudre les incidents techniques qui peuvent surgir soudainement. Marton Tarkovi a été un assistant merveilleux. Dès le tournage, son apparition a été magique et, grâce à sa clairvoyance, il a sauvé le film de ce qui semblait être le chaos. Il a été émouvant d’ordonner ce chaos avec Marton et de découvrir l’ordre parfait de ce qui allait devenir le film. Au tournage comme au montage, Marton Tarkovi a été un ange veillant sur ma solitude et ma liberté, empêchant toute intrusion venant de l’extérieur. Son regard et son silence ont été extrêmement stimulants.

Au-delà d’un film, El anorak rojo est aussi un tableau que vous avez peint il y a des années. Quel est le lien entre ce tableau et le film ?

J’avais peint ce tableau bien avant ma rencontre avec le mystérieux personnage à l’anorak rouge dans la discothèque Pacha. Ce tableau semble être la prémonition de cette rencontre. Je ne peux pas le dissocier du film.

Propos recueillis par Manuel Asín

Fiche technique

  • Scénario :
    Adolpho Arrietta
  • Image :
    Adolpho Arrietta
  • Montage :
    Adolpho Arrietta
  • Musique :
    Benjamin Esdraffo
  • Son :
    Marc Ferrer
  • Avec :
    Eneko Sagardoy, Jeff El Eini, Irene Menéndez Palomino
  • Assistant de réalisation et de montage :
    Márton Tarkövi
  • Production :
    Adolpho Arrietta
  • Contact :
    Adolpho Arrietta

Filmographie

Adolpho Arrietta

Le Crime de la toupie, 1965

La imitación del ángel, 1966

Le Jouet criminel, 1969

Le Château de Pointilly, 1972

Les intrigues de Sylvia Couski, 1975

Tam-Tam, 1976

Flammes, 1978

Grenouilles, 1983

Kikí (épisode la série TV Delirios de amor), 1989

Merlín, 1991

Eco y Narciso, 1991

Vacanza permanente, 2006

Dry martini (bunuelino cocktail), 2008

Belle Dormant, 2016

El anorak rojo, 2025