Easter, Easter

Mokya Shin

Corée du Sud, 2025, Couleur, 85’

Première Mondiale

Deux femmes parées de sequins et de perles tournent les pages d’un album photo jauni par le temps et se remémorent.  L’une des deux, Saekja, a été une star, une égérie qui a ouvert la voie au sein du premier club transgenre à Séoul dans les années 80. Le premier film de Mokya Shin revient sur sa vie de la plus délicate des façons. Moins un documentaire qu’un récit d’apprentissage, Easter met en scène une forme de compagnonnage et suit le cheminement existentiel de son personnage principal, un jeune garçon, auprès de Saekja. Mokya Shin délaisse la cohérence narrative et toute linéarité pour élaborer, à partir de plans composés et à la photographie soignée, une structure faite d’espaces qui semblent appartenir à des temporalités parallèles. Le jeune garçon, alter ego du cinéaste lui-même, habite ainsi un hors-temps fait de solitude et d’espaces en ruine, tel un monde intérieur ou un monde d’après, peuplé de mythes et de souvenirs, où tout serait à recommencer. Dans la salle de spectacle d’un bâtiment désolé, peut-être un ancien club, il est l’unique spectateur d’une performance, sorte de réminiscence magique d’un autre monde. Les danseuses interrogent avec ironie l’identité de genre. D’un couloir à un autre, d’une rue à l’intérieur d’une chambre, nous voici plongés dans les conversations entre le jeune garçon et Saekja. Le film se resserre alors sur elle et sur sa vision de la vie, que font émerger les questions du jeune garçon. Easter est un écrin où déposer les récits de ses amours et de ses choix teintés de la mélancolie du bilan ; il est l’espace-temps où faire honneur à sa détermination et à sa foi en la beauté. Ces dernières ont nourri les clubs et lieux où elle a déconstruit les normes sociales et battu en brèche l’idée de «nature», dans une recherche constante de fidélité à soi-même. Dans une belle et franche simplicité fondée sur le partage, la liberté de Saekja rencontre les aspirations d’une nouvelle génération à la recherche de modèles pour affirmer son propre libre-arbitre et déjouer les assignations identitaires.

Claire Lasolle

Fiche technique

  • Scénario :
    Mokya Shin
  • Image :
    Hyongjoo Lee
  • Montage :
    Mokya Shin
  • Musique :
    Youngnam Song
  • Son :
    Youngnam Song
  • Production :
    Mokya Shin (Flesh Film House)
  • Contact  :
    Mokya Shin (Flesh Film House) - Jainer Morales (Low Light Films) : jainer@low-light-films.com