Dès les premiers plans, quelque chose semble manquer. Dans le paysage, dans le personnage du sculpteur. Quelque chose s’est brisé, comme un vase en argile, dont seule une partie subsiste.
Le paysage est une plaine antoninienne, une péninsule située à l’extrémité occidentale de la Galice « qui semble sur le point de se détacher », comme le remarque Andrea devant la carte dans l’appartement de Pablo. Dans les terres basses de cette région, dans ces zones humides, prospéra autrefois une industrie de la brique et de la tuile dont Pablo façonne aujourd’hui les vestiges. La région est devenue une destination touristique — ce que nous ne verrons jamais, la saison étant terminée –, Pablo mène une existence solitaire et introspective dans une résidence de vacances provisoirement déserte.
Plus qu’un lieu, le film explore des espaces qui accumulent du temps. L’atelier, l’appartement, le camping, la cabane, les sentiers conservent la trace d’histoires anciennes, à peine perceptibles mais toujours actives. Plus difficile est de savoir ce qui manque aux personnages eux-mêmes, ce qui les pousse à s’isoler ou, au contraire, à aller vers les autres.
Así chegou a noite dessine avec virtuosité les trajectoires intimes de ses personnages à travers la résonance en eux de ce qui est absent, de ce qui fait défaut. Deux êtres vont brièvement se retrouver, c’est-à-dire accorder, volontairement ou non, leurs mouvements contradictoires, afin que leur passé commun ait une dernière occasion de se projeter dans l’avenir. La question est de savoir si une vie peut en devenir une autre, ou se fondre en elle. Ce qui revient à se demander si nous n’avons jamais cessé de vouloir être plusieurs à la fois.
Manuel Asín
